Indicateur 7 : Prévention

Instance nationale en charge des droits humains et genre : approche et prise en charge de la problématique

Il est aujourd’hui reconnu que le développement durable et plus particulièrement la réduction de la pauvreté, ne pourra se réaliser sans l’élimination des inégalités entre les femmes et les hommes. Ce dessein de lier la question de la promotion de la femme, la croissance économique et le développement est devenu incontournable dans toutes les perspectives d’évolution des sociétés. Conscient de cette exigence, le gouvernement du Sénégal a décidé d’adopter une démarche soucieuse d’égalité entre l’homme et la femme et d’intégrer progressivement les questions de genre dans les priorités de développement du pays. La SNEEG se pose ainsi comme un moyen pertinent de réalisation de l’égalité et de l’équité entre les femmes et les hommes et, par-delà cet acquis, comme un gage de sécurité à la réalisation d’un développement durable au Sénégal. Dès lors, sa disponibilité est une nécessité voire une exigence pour le pays.

La Stratégie va bénéficier en premier à l’État et à ses démembrements ainsi dotés d’un outil déterminant dans la fixation des priorités nationales et la planification des interventions de développement pour une plus grande égalité entre les hommes et les femmes.  La Stratégie sera également utile aux organisations de la société civile et aux partenaires de la coopération bilatérale et multilatérale qui vont pouvoir harmoniser leurs interventions avec les priorités et orientations définies par la Stratégie.

Enfin, les principaux bénéficiaires de la SNEEG seront les différentes composantes de la population dont les préoccupations seront traduites en priorités de développement pour leur meilleure prise en compte dans les différents instruments de développement nationaux et sectoriels.

Cas de violences sexuelles

Si les jeunes filles sont généralement les principales victimes des pressions sexuelles, c’est-à-dire dans 62% des cas, l’enquête au Sénégal révèle que les garçons l’intègrent également comme pouvant constituer une partie intégrante de leur expérience. Au Sénégal, l’État a fermement exprimé sa volonté en ratifiant les Conventions et instruments internationaux visant à protéger les filles et les femmes contre toutes les formes d’abus et de violences. En outre, il est important de souligner l’existence d’un plan d’action national multisectoriel (2017–2021) pour l’éradication des VBG et la promotion des droits humains ainsi que d’autres mesures prises en matière de promotion de l’égalité des genres. Toutefois malgré les efforts entrepris, de nombreux cas sont rapportés quotidiennement par la presse sénégalaise : pédophilie, viols, violences conjugales, refus de paternité, coups et blessures etc. Dans ce lot, le viol est le cas le plus rapporté (60 %) dans les services de police. Les cas de viols enregistrés sont suivis, de loin, par la catégorie « coups et blessures volontaires » (17 %64).

De même, dans les tribunaux (2006-2010), 35 % des types de violences faites aux femmes enregistrées, reste le viol. Les registres des services de justice indiquent que les victimes ont une moyenne d’âge de 13 ans, tandis que la moyenne d’âge des auteurs est de 30 ans. Parmi ces auteurs :

  • les personnes sans profession représentent 21,8 % des auteurs de violences faites aux femmes,
  • les commerçants représentent 20,8 %,
  • les cadres sont très faiblement représentés (1 %67).

A ce titre, les hommes sont les principaux auteurs de VBG quel que soit le sexe de la victime. En effet, 66,3 % et 54,1 % des VBG commises respectivement sur les hommes et les femmes sont perpétrés par des adultes de sexe masculin. Les femmes commettent aussi des actes de VBG sur les femmes, soit à 42,8 %68. Il ressort de cette répartition qu’à moins de 20 ans (15 et 19 ans), les filles sont plus victimes de VBG que les garçons ; soit un écart de 19 points. Cet écart se réduit à partir de l’âge de 20 ans jusqu’à 39 ans avant de se creuser entre l’âge 40 ans et 49 ans. Toutefois, les hommes sont plus victimes de VBG que les femmes à partir de 50 ans et plus.

Les disparités géographiques et les variations des VBG

Concernant la violence physique, des variations selon le milieu de résidence montrent que le pourcentage de femmes de 15-49 ans qui ont subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans est légèrement plus élevé en milieu rural (27,8 %) qu’en milieu urbain (25,1 %). Il en est de même pour la violence physique au cours des 12 derniers mois avant l’interview, soit 10 % dans le milieu rural et 8,2 % dans le milieu urbain. En termes de violence sexuelle, le pourcentage de femmes, qui a subi des violences sexuelles au cours des 12 derniers mois avant l’interview, est plus élevé chez les femmes âgées de 25-29 ans (5,0 %). Cette proportion est moins importante dans la tranche d’âge de 15-19 ans (3,4  %). Par ailleurs, la proportion des femmes ayant subi des violences sexuelles à n’importe quel moment de leur vie est plus importante en milieu urbain soit 5,3 % contre 3,5 % pour le milieu rural.

Les variations des VBG en fonction de l’âge et des typologies

Le pourcentage de femmes de 15-49 ans victimes des actes de violences physiques depuis l’âge de 15 ans est plus élevé parmi celles de 25-29 ans (30,6 %), suivi des femmes âgées de 30-39 ans et les femmes âgées de 15-19 ans avec respectivement 26,8 % et 26,0 %. Pour les violences conjugales, 9,4  % des femmes ont subi des actes de violences conjugales physiques, 5,9  % des actes de violence sexuelle et 9,4  % des actes de violence émotionnelle. La proportion de ces femmes en union ou en rupture d’union qui déclarent avoir subi une forme de violence physique ou des actes de violence émotionnelle à tout moment de leur vie, est respectivement de 17,4 % et 13,3 %. Cette proportion est d’ordre de 7,4  % pour n’importe quelle forme de violence sexuelle. Le pourcentage de femmes ayant subi des actes de violence sexuelle est nettement plus important chez les femmes de 15-49 ans en rupture d’union (17,5 %) que chez les femmes en union (9,4  %) et les célibataires (5,4  %). Parmi les femmes qui déclarent avoir subi une violence sexuelle au cours des 12 derniers mois avant l’interview, 12,9 % sont en rupture d’union 5,4 % sont en union et 0,7 % sont célibataires. Dans la plupart des cas (61,9 %), c’est le conjoint/partenaire actuel qui est cité comme responsable de ces actes de violences sexuelles. L’ancien mari/partenaire et le petit ami actuel/le plus récent ont été mentionnés pour respectivement 20,8 % et 10,1 %.[1]

L’excision, une pratique encore présente malgré la tendance à la baisse. Au Sénégal, comme dans beaucoup d’autres pays où cette pratique a lieu, les mutilations génitales féminines (MGF) font partie intégrante des coutumes de certaines communautés. Si certains avancent la thèse de la purification, d’autres en revanche estiment que l’excision permet à la personne qui a subi cette « opération » de s’abstenir une fois l’âge de la puberté atteinte. Malgré la loi de 1999 interdisant sa pratique et les nombreuses séances de déclarations d’abandon public mettant au-devant des femmes et des exciseuses dans différentes régions concernées par la pratique, force est de constater que l’excision persiste encore dans le pays. 92 % des femmes âgées entre 15 et 49 ans sont excisées dans la région de Kédougou, 87 % dans celle de Matam, 86 % à Sédhiou et 85% dans la région de Tambacounda.

Par ailleurs, au niveau national, les résultats de l’EDS de 2017 révèlent que parmi les femmes âgées de 15-49 ans, 24,0  % ont déclaré avoir été excisées. Le pourcentage de femmes excisées a connu une baisse légère passant de 28,2 % en 2005 (EDS IV) à 25,7 % en 2010-2011 (EDSMICS) et 24,0 % en 2017.

Les violences les plus récurrentes

La violence physique est la forme la plus fréquente dans les ménages (52,1 %). Elle semble être l’apanage des hommes qui sont auteurs de 59,5 % des cas. Cependant, la violence verbale (43  %) est principalement commise par les femmes. Ces dernières sont auteures de 53,9 % des cas de violences verbales enregistrés dans les ménages. Ces faits sont confirmés par le rapport de l’ANSD (2019), l’acte de violence physique le plus fréquemment déclaré par les femmes est d’avoir été giflé (13 % à n’importe quel moment et 7 % au cours des 12 derniers mois). Les femmes ayant déclaré avoir subi des actes de violence conjugale sexuelle ont déclaré, dans 7 % des cas, avoir été forcés physiquement à avoir des rapports sexuels avec leur mari/partenaire quand elles ne le voulaient pas contre 6 % au cours des 12 derniers mois. En ce qui concerne la violence émotionnelle, l’acte le plus fréquemment déclaré est l’insulte (10 % à n’importe quel moment et 7  % au cours des 12 derniers mois).

L’espace domestique est le principal lieu de production des violences. En effet, plus de la moitié, toute forme confondue, y est produite. Mais les violences sexuelles (70 %), psychologiques (60 %), physiques (58,8 %) restent des formes très répandues dans cet espace privé. Il apparaît nettement que ce sont les actes les plus redoutables socialement qui s’expriment dans l’espace domestique. C’est dans les secteurs privé (66,7 %) et parapublic (33,3 %) que des cas de violence sexuelle sont plus notés.[2]

S’agissant des violences basées sur le genre, ce secteur a enregistré les résultats suivants :

  • la conception d’un Manuel d’intégration du genre dans la prestation de soins comprenant cinq modules dont Genre et violences basées sur le genre (VBG) ;
  • la mise en œuvre de programmes de formation pour booster le potentiel des prestataires de santé et acteurs/actrices communautaires avec une forte implication des femmes et des filles, sur l’intégration du Genre dans le domaine des soins, sur les VBG en situation d’urgence (soutien première ligne) ;
  • la formation des acteurs et actrices communautaires du district sanitaire de Popenguine sur les VBG en situation d’urgence sanitaire ;
  • la formation d’un pool de formateurs nationaux sur les violences basées sur le genre (VBG) en situation d’urgence sanitaire (Soutien de première ligne) ;
  • l’accompagnement du PASNEEG pour la formation des acteurs sanitaires sur la prise en charge des violences basées sur le genre (VBG).
  • la mise en place d’un Système de gestion des informations de VBG, de MGF et d’autres pratiques néfastes telles que les mariages d’enfants dans la région de Tambacounda avec le GESTES ;
  • l’adoption de la loi 2020-05 du 10 janvier 2020 criminalisation le viol et la pédophilie ;
  • l’élaboration de la stratégie de vulgarisation de la loi criminalisant le viol, sa traduction en quatorze langues nationales et le lancement de sa campagne dans les régions de Kaolack et Ziguinchor ;
  • la poursuite de l’offre de services (juridiques et judiciaires, sanitaires, psychosociale) par les boutiques de droit aux victimes/survivantes de VBG dès le mois d’août 2020 dans la fourniture des différents services essentiels de prise en charge à travers le partenariat PASNEEG-AJS. Sur ce, 3253 consultations sont enregistrées par les quatre boutiques (consultations initiales comme suivi de cas) dont 2 032 (62%) relèvent du droit de la famille (1 891 (93%) au profit des femmes et 141 (7%) pour les hommes) ;
  • la dotation en kits pour la gestion de leur hygiène menstruelle de clubs de jeune fille des régions de Tambacounda, Kolda, Sédhiou, Ziguinchor et Kédougou ainsi qu’à des femmes et des filles en milieu carcéral de la région de Dakar ;
  • la prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité a permis à 12 structures prenant en charge 751 enfants de bénéficier d’un accompagnement de la CAPE à travers l’achat de denrées alimentaires, produits et matériels de protection pour les enfants, la réhabilitation et la réfection de dortoirs, de salles de classe et de toilettes ;
  • la mise en place par la Cellule d’appui à la protection de l’enfance (CAPE) d’un portail de signalement d’abus sexuels pour la protection des enfants en ligne dans le cadre du renforcement de la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels des enfants sur internet ;
  • la formation des 12 téléconseillers du Centre Ginddi sur l’utilisation du portail de signalement d’abus sexuel des enfants en ligne ;
  • la prise en charge des enfants en situation difficile, par le Centre Guinddi a permis de protéger 543 pensionnaires, de former 120 jeunes filles en situation de déperdition scolaire, en couture (58 filles) et restauration (62 filles) durant l’année scolaire 2019-2020 ;

Présence des femmes dans les instances de prévention et de gestion de conflits

L’implication des femmes a un certain niveau dans les dispositifs de prévention et de gestion des conflits reste toujours faible dans la mesure où pour le seul cas de conflit ouvert et national qu’a connu le pays, elles ont dû mener des plaidoyers et une bataille de longue haleine pour se positionner en tant que médiatrice et actrice de la paix


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