Indicateur 6 : Accès

Accès à la terre

L’accès et le contrôle des ressources foncières par les femmes deviennent une revendication légitime. A ce niveau, le cadre juridique au Sénégal est sans univoque. Il consacre l’égalité constitutionnelle entre homme et femme dans le  contrôle des ressources foncières. L’accès se limite juste à la possibilité pour une femme de disposer d’une terre pour la réalisation d’une activité quelconque sans que cela n’implique la possibilité de prise de décision sur cette terre. Cependant, dans certaines zones du pays confrontées à une saturation foncière ou ayant connu une redistribution des ressources foncières restreignant davantage les droits de certaines catégories sociales, ce simple accès est moins évident. Car le peu de terres disponibles sert à l’alimentation de la famille et en tant que tel, la terre est distribuée.

Dans un contexte de rareté des ressources, de pression foncière sans précédent, de persistance des pesanteurs socioculturelles et de faiblesse du pouvoir économique des femmes, l’accès collectif par le biais des groupements féminins est l’une des stratégies utilisées par les femmes. Au Sénégal, c’est par le biais de groupements de promotion féminine (GPF) essentiellement et de Groupements d’intérêt économiques, formels et directs par attribution du conseil municipal. Bien que les femmes aient une grande tradition d’association, l’organisation en GPF notamment, avec un statut légal.

L’Etat, sous l’impulsion des partenaires au développement, l’organisation en groupement a comme but de faire des femmes de véritables actrices de développement local.

Les GPF contribuent à promouvoir l’autonomisation des femmes dans l’agriculture et favoriser l’accès à la terre et à l’eau, dans certaines zones, de mener le plaidoyer pour l’accès de leur groupement aux ressources et facteurs productifs.

Accès aux financements et au crédit

Le secteur a enregistré les progrès ci-dessous :

  • l’amélioration des capacités entrepreneuriales des femmes avec la mise en place des mécanismes de financements tels que la Délégation à l’Entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ), la Banque Nationale de Développement Economique (BNDE), le Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP), le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques (FONSIS), le Crédit agricole ;
  • la mise en place d’un Fonds dédié à l’autonomisation économique des femmes (We !FUND) au sein du FONSIS
  • le FONGIP a financé en 2020  13 entreprises qui sont gérées par des femmes entrepreneures  pour un montant global de 446 906 216 créant ainsi 756 emplois directs.

A côté de ces mécanismes d’Etat, il y a les structures classiques comme les banques et les mutuelles d’épargne et de crédit qui octroient à des taux très élevés et mettent en place des conditionnalités difficiles à respecter pour les femmes (garanties et nantissements).

Accès à l’éducation

Les progrès réalisés relativement à l’accès à l’éducation des femmes et des filles s’articulent autour des points suivants :

  • l’organisation de cours de soutien pour les filles en difficultés d’apprentissage ;
  • la mise à disposition d’uniformes, de kits scolaires et de bourses aux filles issues de familles vulnérables ;
  • la mobilisation communautaire autour de la problématique de l’éducation des filles avec une innovation de taille à travers l’appui aux Associations de Mères d’Elèves (AME).

Des résultats probants en matière de promotion de l’éducation des filles renforcent l’autonomisation des femmes. Ainsi, selon la Revue Annuelle Genre 2021 du ministère de la femme il a été obtenu ce qui suit :

  • au préscolaire, le taux brut de préscolarisation est de 16,1% pour les garçons contre 18, 5% pour les filles, soit un indice de parité en faveur de ces dernières[1] ;
  • à l’élémentaire, sur la période 2016-2020, le taux d’achèvement global évolue en dents de scie entre 59,7% et 62,1%. Chez les garçons, le taux d’achèvement évolue entre 54,6% et 55 % de 2016 à 2020. Il est presque stagnant durant cette période. Par contre, chez les filles, il est noté une nette progression du taux passant de 65 % en 2016 à 69,5% en 2020. Cependant, en 2017, ce taux a connu une baisse de 1,9 point de pourcentage. Le taux brut de scolarisation est de 93 % chez les filles et 79,2% chez les garçons, soit un indice de parité de 1,17 en faveur des filles ;
  • au niveau de l’enseignement moyen général, le taux d’achèvement au moyen général est de 36,6%. Selon le sexe, les proportions montrent que l’achèvement est plus effectif chez les filles (40,8%) que chez les garçons (32,6%). Cette situation montre un indice de parité de 1,25 en faveur des filles. Le taux brut de scolarisation au moyen général est de 50,7% avec la participation des filles plus importante que celle des garçons. Cela se traduit par un indice de parité de 1,21 en faveur des filles. En 2020, le taux de réussite au Brevet de fin d’études moyennes (BFEM) est de 74,51%. Il est plus élevé chez les filles (74,57%) que chez les garçons (74,43%).
  • pour l’enseignement secondaire, de 2015 à 2020, le TBS du secondaire général a connu une hausse sauf en 2019 où il a subi une légère baisse de 0,6 point de pourcentage par rapport à 2018. Le taux brut de scolarisation au secondaire général en 2020 est estimé à 26,30% pour les garçons et pour les filles, il est de 28,60%. Le taux brut de scolarisation au secondaire général, au niveau national en 2020, est de 32,9%. Le TBS des filles (35,1%) est supérieur à celui des garçons (30,8%). L’indice de parité du TBS au secondaire général de 1,14 est en faveur des filles ;
  • concernant l’accès aux filières scientifiques dans le secondaire général : l’effectif des élèves inscrits au secondaire général dans les séries scientifiques, en 2020, est de 75 005, soit 21,7% de l’effectif total des inscrits dans ce cycle. La répartition de ces effectifs selon le sexe montre qu’au secondaire général, les garçons fréquentent plus que les filles les séries scientifiques avec un écart de 2 785 individus. Parmi les garçons inscrits au secondaire général, 23,7% sont dans les classes scientifiques alors que cette proportion se situe à 19,9% chez les filles ; · pour ce qui est de la promotion des enseignantes, le MEN a fait passer le taux de représentativité des femmes aux postes de responsabilités de moins de 1% en 2013 à plus de 18,8% en 2020 ; · les dispositions accordant à l’enseignante des points de bonus dans la compétition et des postes prioritairement destinés aux femmes. Ainsi, de moins de 3% en 2013, le taux est passé en 2020 à 16% de femmes qui ont accès aux postes de responsabilités en sus des nominations faites par l’autorité (1 directrice de cabinet, 1 secrétaire générale, 3 directrices nationales, 2 IA, 5 IEF)
  • la mise en œuvre du Programme Éducation de base des jeunes et des adultes (EBJA), a permis d’enregistrer un taux de 96% de femmes contre 4% pour les hommes.

Emploi, Formation Professionnelle et Technique : les avancées ont porté sur :

  • l’accompagnement de projet de femmes par le fonds de Financement de la Formation Professionnelle (3FPT) ;
  • la création d’une plateforme E-jang dans le contexte de la Covid-19 favorable aux filles qui sont astreintes souvent aux travaux domestiques ;
  • l’appui à l’insertion des filles diplômées par la mise à disposition d’un atelier équipé ;
  • l’accompagnement des filles mères à poursuivre leur scolarité ou formation ;
  • l’atelier de formation des Responsables suivi-évaluation des Directions et Services du MEFFPE (niveau central en Budgétisation Sensible au Genre) ;
  • des bourses d’excellence ont été octroyées aux meilleures filles inscrites dans les filières techniques et industrielles et aux meilleurs garçons dans les filières de l’économie familiale et sociale ; · la remise de cadeaux et de bons de formation aux filles qui ont réussi au Baccalauréat technique avec « Mention » (octobre 2020) ;
  • la mise en œuvre du Projet d’Employabilité des Jeunes par l’Apprentissage non Formel (PEJA/ 2018-2023) d’un montant de 32 586 510 000 de FCFA, visant à améliorer la qualité et la pertinence de l’apprentissage dans le secteur non-formel, en s’appuyant sur ses structures autonomes et autofinancées, pour améliorer l’employabilité des jeunes filles et garçons qui dépendent de ce système pour acquérir des compétences et obtenir un emploi rémunérateur. Les principaux bénéficiaires sont les jeunes apprenties âgées de 15 à 25 ans dont 35% de filles et de femmes[2].

S’agissant de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation : le Sénégal en 2020, compte huit (08) universités publiques, cinq (05) ISEP, une (01) École polytechnique (EPT) et plus de cent cinquante (150) Établissements privés d’Enseignement supérieur (EPES) placés sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. ESRI. La population estudiantine du Sénégal en 2020 est de 213.966, dont 120.085 hommes et 93.881 femmes, soit 44% de l’effectif.

L’indice de parité s’améliore nettement, passant de 0,75 en 2019 à 0,78 en 2020. Le total des bacheliers qui ont réussi avec une distinction est de six mille sept-cent cinquante-et-un (6751) répartis comme suit :

  • quatre-vingt-quatorze (94) mentions Très-Bien (39 filles, 55 garçons) ;
  • huit cent soixante-seize (876) mentions Bien (396 filles, 480 garçons) ;
  • et cinq mille sept cent quatre-vingt-un (5 781) mentions Assez-Bien (2710 filles, 3071 garçons)

Les bacheliers inscrits sur la plateforme www.campusen.sn en 2020 sont au nombre de 69 651, soit 34 309 garçons et 35 342 filles. Sur cet effectif, 67 928 bacheliers ont reçu une proposition d’orientation et 61 754 ont validé leur proposition dont 30713 garçons et 31041 filles. Tous les bacheliers inscrits sur la plateforme www.campusen.sn et ayant complété le processus de demande d’orientation, ont été orientés. Les résultats ci-après sont aussi enregistrés en termes d’autonomisation :

· Université Virtuelle du Sénégal : l’enseignement par le biais du numérique permet aux femmes qui allaitent de pouvoir suivre les cours et faire les évaluations à domicile ; o l’UVS a accompagné les institutions publiques et privées à mettre sur pieds des plateformes de télétravail et les universités et écoles à mettre en place le dispositif de formation en ligne dans le contexte de Covid-19 ;

· Université Alioune Diop de Bambey : sa performance majeure était axée sur le renforcement de capacités des femmes de la localité (formation en informatique, appui médical, soutien juridique etc.).[3]

Accès à la santé

Il est attendu, selon les ODD d’ici 2030, que le taux mondial de mortalité maternel descende en dessous de 70 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes et celui infanto-juvénile à moins de 25 pour 1000 naissances vivantes en éliminant tous les décès évitables. Cependant, malgré les progrès enregistrés, des efforts restent encore à faire afin d’atteindre ces objectifs.

Santé et nutrition (indicateurs)

  • taux d’achèvement de la consultation prénatale (CPN) en 2019 est de 68.9% et en 2020 de 56.4 %
  • Taux d’accouchements assistés par du personnel qualifié 74,1%
  • Taux de prévalence contraceptive 14.4% en 2019 et 15.7% en 2020.

Entre 2019 et 2020 la moyenne nationale du taux d’achèvement de la consultation prénatale (CPN) est passée de 68,9% à 65,4% ce qui montre une légère baisse. Toutefois, l’objectif de 66,2% fixé en 2020 est presque atteint. Concernant, les accouchements réalisés, les résultats de 2020 indiquent que 74,1% ont été assistés par un personnel qualifié, pour une cible de 80%. Le dénominateur en 2020 est différent de celui de 2019 par conséquent il est difficile de les comparer. S’agissant de la prévalence contraceptive, l’objectif national de 45% n’est pas atteint. Cependant, entre 2019 et 2020, il est noté une évolution favorable des performances.

Accès à la propriété

 Le profil genre des propriétaires des entreprises individuelles est une variable déterminante qui évalue la représentativité des femmes propriétaires d’entreprises. En comparaison aux résultats du recensement général de l’économie (RGE), il s’avère que le pourcentage des femmes propriétaires est plus faible dans le secteur formel que dans l’ensemble de l’économie. En effet, le RGE a fait ressortir que 31,3% des entreprises appartiennent à des femmes alors que ce taux n’est que de 25,2% dans le secteur formel. Cela pourrait être lié au fait que les femmes sont en général propriétaires des entreprises évoluant dans le commerce et la restauration qui sont majoritairement dans l’informel. Elles s’orientent souvent dans des activités de faible ampleur qui permettent généralement de subvenir aux besoins de la famille.

Accès aux médias

Le développement des media est favorisé en partie par un accès à l’informatique et à l’internet qui propulsent la presse en ligne et donne de la rapidité dans le traitement de l’information. Mais ce secteur souffre de problème de régulation, le nouveau code de la presse ne fait pas l’unanimité.

Défis :

  • Renforcer les capacités des professionnels des médias (journalistes, animateurs, producteurs) pour une meilleure compréhension de la dimension genre ;
  • Susciter la production d’articles de fonds qui donnent la parole aux populations et font ressortir la dimension humaine des faits ; 
  • Former, sensibiliser les professionnels des médias à la production d’une information qui valorise la femme, rompt avec les clichés, les stéréotypes, les idées fausses, etc., et participe à la promotion des droits des femmes ; 
  • Former les organisations d’appui aux femmes à travailler avec les médias de manière à mieux valoriser leurs visions, leurs activités, leurs résultats et leurs acquis ; 
  • Sensibiliser les instances de régulation et d’autorégulation à une veille plus poussée sur les contenus des médias sur les sujets relatifs aux femmes.

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