Indicateur 5 : Résolution 1325

Plan d’action national : conception

Les hommes et les femmes sont tous affectés par les crises humanitaires, mais ils n’en sont affectés ni de la même manière, ni dans les mêmes proportions. Le 31 octobre 2000, le Conseil de Sécurité des Nations Unies abordait la question des femmes et des conflits armés au cours de sa 4213ème  séance. Dans une résolution prise à l’issue de cette séance, cette haute instance décisionnelle, reconnaissait aux femmes un rôle d’actrices à part entière dans la gestion et la résolution des conflits, ainsi que dans les processus de maintien de Paix.

La Côte d’Ivoire a été l’un des pays africains à répondre à cet appel de l’Organisation des Nations Unies, en se dotant en novembre 2007, d’un plan d’action national pour la mise en œuvre de la Résolution 1325. Le plan national d’action s’articule autour des axes suivants :

Axe 1 : Protection des femmes et des filles contre les violences sexuelles y compris contre les mutilations génitales féminines.

Axe 2 : Inclusion des questions de genre dans les politiques et programmes de développement.

Axe 3 : Participation des femmes et des hommes au processus de reconstruction et de réinsertion nationale

Axe 4 : Renforcement de la participation des femmes et des hommes au processus de prise de décision politique. 

Mise en œuvre

La mise en œuvre du plan national d’action a permis des avancées notables. Il faut noter la modification de plusieurs instruments juridiques pour une meilleure prise en compte de la sexo-spécificité dans la gouvernance de la Côte d’Ivoire.

Ainsi, sans être exhaustif, le bilan de la participation des femmes aux processus de paix et de sécurité peut être mis en lumière, à travers les actions ci-après :

  • l’ouverture en 2014, de l’École Militaire Préparatoire Technique (EMPT) et de l’École de Gendarmerie aux jeunes filles. La Côte d’Ivoire compte 25% de femmes dans la gendarmerie, 13% dans la police ;
  • la création en 2014 de l’Observatoire National de l’Equité et du Genre qui a pour mission d’assurer la veille, l’alerte et l’anticipation en matière d’équité et d’égalité entre les hommes et les femmes ;
  • la mise en place d’une stratégie nationale de lutte contre les Violences faites aux femmes, en 2014, avec la création de 65 plateformes multisectorielles de lutte contre les violences basées sur le genre à travers tout le pays.
  • l’octroi de fonds (Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire et Fonds Femme et Développement) aux femmes exilées de retour après la crise post-électorale de 2010 pour leur permettre de mener des activités génératrices de revenus.
  • l’élaboration d’une stratégie genre de la Commission électorale indépendante (CEI) pour la prise en compte du genre dans tous les processus électoraux ;
  • l’existence d’une Direction d’Aide et d’Assistance pour les Réfugiés et les Apatrides (DAARA)) au niveau du Ministère des Affaires étrangères, en vue de prendre en compte les besoins spécifiques des femmes avec l’appui du HCR.

En dépit des acquis susmentionnés, la Côte d’Ivoire a encore beaucoup à faire pour assurer l’effectivité de la participation équitable des femmes et des hommes dans les processus de gestion et de gouvernance, spécifiquement ceux qui sont relatifs à la prévention et à la gestion des conflits et à la promotion de la paix.

Mobilisation de ressources

Au sortir de la crise postélectorale de 2010, l’État de Côte d’Ivoire a mobilisé des ressources pour prendre en compte les besoins spécifiques des femmes et des filles en matière de sécurité, de justice, et pour assurer l’autonomisation de celles-ci. Cela a consisté à appuyer les initiatives de paix prises localement par des organisations de femmes, à promouvoir un processus DDR en prenant en compte la question du genre, à mettre en place un mécanisme d’indemnisation des femmes et des enfants victimes de la crise etc. Les mesures prises par l’État montrent que les autorités ont conscience qu’il ne s’agit pas d’un problème exclusif aux femmes, mais que la mauvaise gestion de la sortie de crise peut être aussi une menace à la stabilité sociale et un indicateur de conflit plus large. Il faudrait poursuivre les efforts en matière d’élaboration de politique de formation et d’insertion socioprofessionnelle, de procédures opérationnelles permanentes et de mécanismes de suivi ou de prévention de formes particulières de violences à l’égard des filles et des femmes.

Vulgarisation

Le plan national d’action relatif à l’application de la Résolution 1325, en Côte d’Ivoire, montre que les autorités reconnaissent l’importante contribution que les femmes peuvent apporter à la paix, à la sécurité et à la réconciliation nationale. Cependant, les initiatives de vulgarisation prises au niveau l’État n’impliquent pas suffisamment les femmes. Il faudrait donc veiller à une meilleure représentation des femmes dans les missions de sensibilisation sur le terrain. Par ailleurs, la politique de sécurité ne doit pas se cantonner aux problèmes de violence, elle doit également s’intéresser à l’accès des femmes et des filles à la justice, à leur traitement dans le système pénitentiaire etc. Elle doit renforcer le potentiel des hommes et des femmes à pied d’égalité, dans les institutions du secteur de la sécurité.

Engagement de l’Etat

La Côte d’Ivoire s’est dotée d’un nouveau Plan National de mise en œuvre de la Résolution 1325 pour la période 2019-2023. L’objectif de ce plan est d’impliquer plus de femmes dans les processus de prévention et de maintien de la paix. Le nouveau plan d’action vise entre autres à :

  • Renforcer la participation des femmes au sein des forces de défense et de sécurité et dans les missions de paix ;
  •  Accroitre la participation des femmes et des filles dans la prévention des conflits intercommunautaires et électoraux ;
  •  Poursuivre la protection des femmes et enfants contre les violences basées sur le genre au sein des communautés

Défis et perspectives

En dépit des acquis susmentionnés, la Côte d’Ivoire a encore du chemin à faire pour assurer l’effectivité de la participation équitable des femmes et des hommes dans les processus de gestion et de gouvernance, spécifiquement ceux qui sont relatifs à la prévention et à la gestion des conflits et à la promotion de la paix.

On peut relever entres autres : 

  • la faible participation des femmes aux missions de maintien de la paix de l’ONU (seulement 9% de femmes cadres dans les contingents) ;
  • la non prise en compte du genre dans la budgétisation, les plans et programmes ;
  • la persistance des stéréotypes sexistes et des pratiques traditionnelles néfastes (MGF-Mariages précoces et forcés, etc.).
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